Livre des recettes auto-entrepreneur : les registres à tenir
Le livre des recettes est le registre de base de l’auto-entrepreneur : la liste, dans l’ordre, de tout ce que tu encaisses. Le régime de la micro-entreprise t’offre une comptabilité allégée, sans bilan ni grand livre, mais pas une absence de comptabilité. Selon ton activité s’ajoutent un registre des achats et, au-delà d’un certain chiffre d’affaires, un compte bancaire dédié. Et le jour où tu quittes le régime micro, d’autres livres prennent le relais. Voici lesquels, et ce que chacun doit contenir.
Les règles sont celles en vigueur en 2026, vérifiées sur Entreprendre.Service-Public.fr, le BOFiP et impots.gouv.fr le 30 septembre 2026.
Ce que « comptabilité allégée » veut dire
Service-Public le résume ainsi : en tant que micro-entrepreneur, le nom officiel de l’auto-entrepreneur, tu bénéficies du régime micro-social et tu as la possibilité de tenir une comptabilité allégée.
Concrètement, tu n’as pas à établir de bilan, de compte de résultat ni de déclaration de résultat professionnelle : le BOFiP précise qu’en micro-BIC, tu reportes directement ton chiffre d’affaires annuel sur ta déclaration de revenus. En contrepartie, tu dois tenir :
| Registre | Qui le tient |
|---|---|
| Livre des recettes | Tout auto-entrepreneur |
| Registre des achats | Les vendeurs de marchandises et les fournisseurs de logement ; les libéraux en franchise en base de TVA |
| Compte bancaire dédié | Tout auto-entrepreneur dont le chiffre d’affaires dépasse 10 000 € deux années de suite |
À cela s’ajoutent tes factures et pièces justificatives, à conserver.
Le livre des recettes : ce qu’il doit contenir
Tu y inscris tes recettes dans l’ordre chronologique, au fur et à mesure que tu les encaisses. Pour chaque recette, Service-Public demande :
- le montant ;
- l’origine, c’est-à-dire l’identité du client ou de la société mandataire ;
- le mode de règlement : chèque, espèces, virement, carte ;
- pour les commerçants et fournisseurs d’hébergement, la référence de la pièce justificative (le numéro de la facture ou de la note).
Pour les professions libérales au micro-BNC, l’article 102 ter du CGI parle d’un document qui indique l’identité déclarée par le client, le montant, la date et la forme du versement des honoraires. Le BOFiP précise que ce document n’est soumis à aucun formalisme : un simple document d’enregistrement suffit.
Tu fais ensuite le total de tes recettes tous les trois mois. C’est pratique : c’est aussi le rythme d’une déclaration URSSAF trimestrielle.
Pour les ventes au détail et les services rendus à des particuliers, tu peux inscrire les recettes de manière globale en fin de journée, dès lors que le montant unitaire de chaque vente est inférieur à 76 € (article 286 du CGI). Une boulangère ou un réparateur de vélos n’a donc pas à noter chaque client.
À quoi ressemble une page, pour une activité de prestations :
| Date | Client | Montant | Règlement | Pièce |
|---|---|---|---|---|
| 3 mars 2026 | Studio Martin | 850,00 € | Virement | Facture 2026-014 |
| 11 mars 2026 | Claire Dubois | 120,00 € | Carte | Facture 2026-015 |
| 27 mars 2026 | Atelier Nord | 1 400,00 € | Chèque | Facture 2026-016 |
On note la date d’encaissement, pas celle de la facture. Une facture émise en mars et payée en avril entre dans le livre en avril. C’est aussi ce chiffre encaissé que tu déclares à l’URSSAF.
Le registre des achats : pour qui ?
Le BOFiP le réserve aux auto-entrepreneurs dont le commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place, ou de fournir le logement. Les prestataires de services en sont exclus.
Il récapitule, année par année et dans l’ordre chronologique, le détail de tes achats professionnels, avec pour chacun :
- la date du règlement et le montant ;
- le mode de paiement ;
- la référence de la pièce justificative (facture, note).
Un cas à connaître : Service-Public indique que la profession libérale qui bénéficie de la franchise en base de TVA doit aussi tenir un registre par année détaillant ses achats de biens et de services, en plus d’un livre journal de ses recettes. Ce que la franchise change pour toi est expliqué dans l’article sur la TVA de l’auto-entrepreneur.
Papier, tableur ou logiciel ?
Les trois conviennent. Service-Public cite les livres comptables vendus dans le commerce, les modèles officiels à télécharger et les logiciels comptables. Le livre des recettes et le registre des achats peuvent être tenus sous forme électronique, à condition que chaque enregistrement soit identifié et daté au moment où il est fait.
Une fois enregistrées, tes écritures ne peuvent plus être modifiées. Un tableur que tu retouches librement ne donne pas cette garantie : si tu en utilises un, n’efface jamais une ligne passée.
Le compte bancaire dédié : à partir de quand ?
Un compte bancaire est obligatoire, mais ton compte personnel suffit au début : tu n’as pas à ouvrir un compte « professionnel ».
Selon Service-Public, l’obligation arrive si ton chiffre d’affaires annuel dépasse 10 000 € pendant deux années consécutives. Tu dois alors ouvrir un compte dédié à ton activité, qui ne sert qu’à elle. Service-Public recommande d’en avoir un même sous ce seuil.
Un compte séparé fait la moitié du travail du livre des recettes : chaque encaissement y apparaît avec sa date et son montant. Il ne reste qu’à ajouter le client et la pièce.
Combien de temps garder tes registres et tes factures ?
Dix ans à partir de la clôture de l’exercice concerné, selon Service-Public, pour le livre des recettes, le registre des achats et toutes les pièces justificatives : factures de vente, factures d’achat, notes.
Ta facturation elle-même change de forme : depuis le 1er septembre 2026, tu dois pouvoir recevoir des factures électroniques, et à partir du 1er septembre 2027, tu devras en émettre et transmettre certaines données à l’administration. Le calendrier est détaillé dans l’article sur la facturation électronique de l’auto-entrepreneur, et les mentions à porter sur chaque facture dans celui sur la facture de l’auto-entrepreneur.
Que se passe-t-il si tu ne tiens pas tes registres ?
Service-Public est clair : il n’y a pas de sanction en cas de non-tenue du livre des recettes ou du registre des achats. En revanche, le faux (inscrire de fausses informations) et l’usage de faux (présenter des registres falsifiés, par exemple pour obtenir un prêt) exposent à une sanction pénale pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
Sans registre, tu n’as surtout aucun moyen de prouver ton chiffre d’affaires si l’URSSAF ou les impôts te le demandent, ni de savoir où tu en es face aux plafonds de la micro-entreprise.
En quittant le régime micro : les livres du réel
Quand tu dépasses les plafonds deux années de suite, ou que tu choisis le réel, la comptabilité allégée s’arrête. Les livres dépendent de ta catégorie de revenus. Le passage lui-même est expliqué dans l’article sortir du régime micro.
Au réel en BIC : journal, grand livre, inventaire
Pour un entrepreneur individuel commerçant ou artisan, Service-Public liste :
| Obligation | Réel simplifié | Réel normal |
|---|---|---|
| Livre-journal | Oui, avec les encaissements et paiements enregistrés au jour le jour | Oui, avec toutes les opérations au jour le jour |
| Grand livre (tous les comptes, selon le plan comptable général) | Oui | Oui |
| Inventaire des actifs et passifs, au moins tous les 12 mois | Oui | Oui |
| Bilan et compte de résultat | Oui | Oui |
| Annexe | Non | Oui |
Les documents se conservent au moins dix ans à partir de la clôture de l’exercice.
Au réel en BNC : la déclaration contrôlée
Une profession libérale qui quitte le micro-BNC passe à la déclaration contrôlée. L’article 99 du CGI, commenté par le BOFiP, impose alors :
- un livre-journal tenu au jour le jour, qui détaille les recettes et les dépenses professionnelles ;
- un registre des immobilisations et des amortissements, avec pour chaque élément d’actif sa date d’acquisition, son prix de revient, les amortissements pratiqués et, le cas échéant, sa cession ;
- toutes les pièces justificatives.
Le FEC, fichier des écritures comptables
Le FEC est la copie de ta comptabilité que tu remets à l’administration fiscale lors d’un contrôle, dans un format normé. L’article L47 A du livre des procédures fiscales l’impose depuis 2014 aux entreprises qui doivent tenir une comptabilité et qui la tiennent sur informatique.
- Au régime micro, tu n’es pas concerné : le BOFiP indique que, par mesure de tempérament, les auto-entrepreneurs sont dispensés de fournir un FEC lorsqu’ils tiennent leur comptabilité sur informatique.
- Au réel, dès que ta comptabilité est tenue sur logiciel, tu dois pouvoir produire ce fichier. Les normes du format sont publiées sur impots.gouv.fr.
Ne pas présenter la comptabilité sous cette forme lors d’un contrôle entraîne une amende de 5 000 € ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, une majoration de 10 % des droits mis à ta charge (article 1729 D du CGI). Au moment de passer au réel, vérifie que ton outil sait exporter un FEC.
En résumé
- Livre des recettes : obligatoire pour tout auto-entrepreneur, chronologique, avec montant, client et mode de règlement, total tous les trois mois.
- Registre des achats : pour la vente et l’hébergement, et pour les libéraux en franchise de TVA.
- Compte dédié : obligatoire après deux années au-dessus de 10 000 € de chiffre d’affaires.
- Dix ans de conservation pour tout.
- Au réel : livre-journal, grand livre, inventaire et comptes annuels en BIC, livre-journal et registre des immobilisations en BNC, et un FEC si ta comptabilité est informatisée.
Un livre des recettes à jour chaque semaine, c’est une déclaration URSSAF qui prend deux minutes et un contrôle qui ne t’inquiète pas.
💜💙 Ton équipe BravoLisa
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou comptable. Chaque situation est différente — consulte un professionnel qualifié (expert-comptable, conseiller fiscal ou avocat) pour un avis adapté à ta situation. BravoLisa décline toute responsabilité pour les décisions prises sur la base de ces informations.
Sources (8)
- Entreprendre.Service-Public.fr — Obligations comptables du micro-entrepreneur
- Entreprendre.Service-Public.fr — Registres obligatoires du micro-entrepreneur
- BOFiP — BIC, obligations fiscales et comptables dans le cadre du régime des micro-entreprises (BOI-BIC-DECLA-30-30)
- BOFiP — BNC, régime déclaratif spécial, obligations comptables (BOI-BNC-DECLA-20-30)
- Entreprendre.Service-Public.fr — Obligations comptables du commerçant (entrepreneur individuel)
- BOFiP — BNC, régime de la déclaration contrôlée, obligations comptables (BOI-BNC-DECLA-10-20)
- BOFiP — Contrôle des comptabilités informatisées, remise d'une copie des fichiers des écritures comptables (BOI-CF-IOR-60-40-10)
- impots.gouv.fr — Fichiers standards des écritures comptables (art. L. 47 A-I du LPF)