Auto-entrepreneur et chômage, salarié ou retraité : le cumul
Être auto-entrepreneur et au chômage en même temps, c’est possible : l’allocation de France Travail peut continuer pendant que ta micro-entreprise démarre, dans certaines limites. Le même régime se cumule aussi avec un emploi salarié, un poste de fonctionnaire ou une retraite. Chaque situation a ses règles, et ce sont elles qui décident de ce que tu gardes. Ici, on commence par le chômage, parce que c’est la question la plus posée, puis on passe aux trois autres.
Les règles sont celles en vigueur en 2026, vérifiées sur France Travail, Entreprendre.Service-Public.fr, Légifrance et L’Assurance retraite le 30 septembre 2026.
Un mot de vocabulaire : dans les textes officiels, l’auto-entrepreneur s’appelle micro-entrepreneur. C’est la même personne, sous le régime de la micro-entreprise.
Peut-on être auto-entrepreneur et toucher le chômage ?
Oui. Si tu perçois l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), tu peux créer ta micro-entreprise et garder une partie de tes allocations. Deux conditions de base : rester inscrit à France Travail et déclarer chaque mois, lors de ton actualisation, les revenus de ton activité.
Il faut ensuite choisir entre deux formules, qui ne se cumulent pas entre elles :
- garder l’ARE chaque mois, réduite en fonction de ce que ta micro-entreprise te rapporte ;
- demander l’ARCE, l’aide à la reprise ou à la création d’entreprise, versée en capital.
France Travail le dit sans détour : l’ARE et l’ARCE s’excluent. Les deux sections qui suivent t’aident à comparer.
Comment l’ARE se calcule quand tu es auto-entrepreneur
Chaque mois, France Travail part de ton ARE normale et en retire 70 % des revenus de ton activité. Plus ta micro-entreprise rapporte, moins tu touches d’allocation, mais tu continues à être indemnisé tant que tes droits ne sont pas épuisés.
Pour un auto-entrepreneur, le revenu retenu n’est pas le chiffre d’affaires brut. C’est le chiffre d’affaires diminué de l’abattement forfaitaire de ton activité :
| Activité | Abattement | Revenu retenu pour 1 000 € de chiffre d’affaires |
|---|---|---|
| Vente de marchandises | 71 % | 290 € |
| Prestations de services commerciales ou artisanales | 50 % | 500 € |
| Bénéfices non commerciaux (professions libérales) | 34 % | 660 € |
Un exemple, calculé à partir de ces règles : ton ARE normale est de 1 200 € par mois et tu encaisses 1 000 € de chiffre d’affaires en prestations libérales. Le revenu retenu est de 660 €, 70 % de ce revenu font 462 €, et ton ARE du mois descend à 738 €.
Deux plafonds s’ajoutent :
- l’ARE et les revenus de l’activité, additionnés, ne peuvent pas dépasser le salaire mensuel moyen qui a servi à calculer ton ARE ;
- depuis le 1er avril 2025, le cumul est limité à 60 % des droits à l’ARE qu’il te reste à la date de création de l’entreprise. Selon France Travail, cette limite vise les droits ouverts après une fin de contrat à partir de cette date. Une fois ce plafond atteint, les versements s’arrêtent ; France Travail indique que tu peux alors demander à l’instance paritaire régionale de continuer sur les 40 % restants.
Tu déclares à France Travail tes revenus d’activité soumis à cotisations. Quand ils ne sont pas encore connus, France Travail peut verser une avance et régulariser ensuite, chaque trimestre pour un micro-entrepreneur. Garde tes déclarations URSSAF sous la main : ce sont elles qui justifient tes montants.
Si ta micro-entreprise existait déjà avant ton chômage
Le cas est différent si tu avais déjà ton activité d’auto-entrepreneur à côté d’un emploi salarié, et que tu perds cet emploi involontairement. Service-Public indique qu’alors tu peux cumuler intégralement l’ARE et les revenus de ton activité non salariée. Le plafond de 60 % s’applique aux entreprises créées après l’inscription, pas à celle-ci.
ARCE ou maintien de l’ARE : que choisir ?
L’ARCE transforme une partie de tes droits en capital. Selon France Travail, pour les droits ouverts depuis le 1er juillet 2023, elle vaut 60 % du reliquat de tes droits à l’ARE à la date de création. France Travail retient une participation de 3 % pour la retraite complémentaire, et l’aide est soumise à la CSG et à la CRDS.
Elle est versée en deux fois :
- la première moitié quand toutes les conditions sont remplies ;
- la seconde moitié six mois plus tard, si tu exerces toujours ton activité et que tu n’occupes pas un emploi salarié en CDI à temps plein.
Pour y avoir droit, il faut avoir droit à l’ARE et bénéficier de l’ACRE. Or, depuis le 1er janvier 2026, l’ACRE n’est plus automatique : tu dois la demander à l’URSSAF dans les 60 jours qui suivent le début de ton activité. Tout est expliqué dans l’article sur l’ACRE pour l’auto-entrepreneur.
| Maintien de l’ARE | ARCE | |
|---|---|---|
| Forme | Un complément chaque mois | Un capital en deux versements |
| Montant | ARE moins 70 % des revenus d’activité | 60 % du reliquat de tes droits |
| Limite | 60 % des droits restants, salaire de référence | Aucune au-delà du capital |
| ACRE nécessaire | Non | Oui |
| Si tu arrêtes l’activité | Tu gardes les droits non consommés | Tu peux retrouver le reste de tes droits |
Si ton activité s’arrête après une ARCE, France Travail indique que tu peux récupérer tes droits restants sous forme d’ARE, en te réinscrivant, dans la limite de trois ans à partir de l’ouverture de tes droits, augmentée de leur durée initiale.
Le maintien de l’ARE protège un démarrage lent : si tu factures peu les premiers mois, l’allocation reste presque entière. L’ARCE sert plutôt un projet qui demande de la trésorerie tout de suite, ou une activité qui rapportera vite. France Travail propose un simulateur ARCE sur son site pour chiffrer ton cas.
Peut-on être auto-entrepreneur et salarié ?
Oui. Le cumul d’un emploi salarié et d’une micro-entreprise est autorisé, à quelques conditions posées par Service-Public et le Code du travail.
- La clause d’exclusivité. Un contrat à temps plein peut en prévoir une, qui interdit une autre activité professionnelle. Elle n’est pas possible pour un salarié à temps partiel. Et l’article L1222-5 du Code du travail précise que l’employeur ne peut opposer aucune clause d’exclusivité pendant un an au salarié qui crée ou reprend une entreprise (les VRP font exception).
- L’obligation de loyauté. Même sans clause, tu dois rester discret, respecter la confidentialité et ne pas nuire aux intérêts de ton employeur, pendant toute la durée du contrat. Démarcher ses clients pour ta micro-entreprise, par exemple, peut y contrevenir.
- Le temps de travail. Ton activité d’auto-entrepreneur s’exerce en dehors de ton temps de travail salarié.
Côté protection sociale, tu cotises dans les deux régimes : sur ton salaire par la fiche de paie, et sur ton chiffre d’affaires comme auto-entrepreneur. Service-Public précise que tes droits aux prestations restent ouverts dans le régime de l’activité que tu exerçais avant le cumul.
Un contrat qui interdit la concurrence après ton départ (clause de non-concurrence) ou impose la confidentialité continue de s’appliquer une fois le contrat fini. Relis ton contrat avant de choisir ton activité.
Fonctionnaire et auto-entrepreneur : ce qui est permis
Un agent public ne peut pas cumuler librement. Le Code général de la fonction publique prévoit deux voies.
Une activité accessoire, avec autorisation. L’article R123-8 liste onze catégories d’activités qu’un agent peut être autorisé à exercer à côté de son emploi, en dehors de ses heures de service et sans nuire au fonctionnement, à l’indépendance ou à la neutralité du service : expertise et consultation, enseignement et formation, activités sportives ou culturelles, travaux de faible importance chez des particuliers, entre autres. Les neuf premières peuvent être exercées sous le régime de la micro-entreprise. Pour deux d’entre elles, la micro-entreprise est obligatoire :
- les services à la personne ;
- la vente de biens produits personnellement par l’agent.
La demande se fait auprès de ton autorité hiérarchique avant de commencer.
Créer une entreprise en passant à temps partiel. Selon le portail de la fonction publique, pour créer ou reprendre une entreprise, ou exercer une activité libérale, l’agent doit être placé à temps partiel, à 50 % au moins d’un temps plein. L’autorisation vaut trois ans, renouvelable un an, soit quatre ans au total.
Deux cas échappent à l’autorisation : l’agent à temps non complet dont la durée de travail ne dépasse pas 70 % d’un temps plein déclare son activité privée sans avoir à la faire autoriser, et la production d’œuvres de l’esprit (écrire, créer une œuvre artistique) reste libre.
Retraité et auto-entrepreneur : le cumul emploi-retraite
Tu peux toucher ta retraite et exercer comme auto-entrepreneur. Deux régimes existent : le cumul intégral et le cumul plafonné.
Le cumul intégral te laisse gagner sans limite. Il faut remplir toutes ces conditions :
- avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite ;
- avoir une carrière complète, ou avoir atteint l’âge du taux plein automatique (67 ans pour les personnes nées à partir de 1955, selon L’Assurance retraite) ;
- avoir liquidé toutes tes pensions de base et complémentaires, françaises, étrangères et d’organisations internationales.
Dans ce cas, tes cotisations d’auto-entrepreneur te permettent de te constituer une seconde retraite. Une troisième n’est pas possible.
Le cumul plafonné s’applique si tu ne remplis pas ces conditions. Service-Public fixe ces plafonds annuels pour 2026 :
| Situation | Plafond annuel |
|---|---|
| Affiliation à la Cnav | 24 030 € |
| Affiliation à la Cnavpl (professions libérales) | 48 060 € |
| Activité en zone France ruralités revitalisation (ZFRR) ou en zone urbaine prioritaire | 48 060 € |
Si tu dépasses le seuil qui correspond à ta situation, tes pensions de retraite ne sont plus versées. Ta retraite complémentaire suit la même règle que ta retraite de base.
Service-Public demande d’informer la Cnav par écrit de la reprise d’une activité indépendante dans le mois qui suit. Ce que tes cotisations d’auto-entrepreneur t’apportent pour la retraite est détaillé dans l’article sur la retraite de l’auto-entrepreneur.
Et les aides de la CAF ?
Être auto-entrepreneur n’empêche pas de toucher le RSA, la prime d’activité, l’AAH ou une aide au logement. Il faut simplement déclarer ton activité à la CAF.
Pour le RSA et la prime d’activité, tu déclares tes ressources tous les trois mois. Sur caf.fr, tu indiques ton chiffre d’affaires brut, mois par mois, dans la case qui correspond à la nature de ton activité : vente de marchandises, prestations commerciales ou artisanales, ou autres prestations de services. La CAF applique elle-même l’abattement. Si tu exerces plusieurs activités, tu déclares le chiffre d’affaires brut de chacune.
Reprends les montants de ta déclaration URSSAF du trimestre : ce sont les mêmes encaissements, et des chiffres identiques des deux côtés t’évitent d’avoir à t’expliquer plus tard.
En résumé
- Au chômage : ARE réduite de 70 % de tes revenus d’activité, dans la limite de 60 % de tes droits restants, ou ARCE en capital, avec l’ACRE. Jamais les deux.
- Salarié : pas de clause d’exclusivité opposable pendant un an si tu crées ton entreprise, loyauté toujours.
- Fonctionnaire : une activité accessoire autorisée, ou un temps partiel d’au moins 50 % pour créer.
- Retraité : cumul intégral si toutes tes pensions sont liquidées et ta carrière complète, sinon plafond de 24 030 € ou 48 060 €.
Pour lancer l’activité elle-même, suis le guide de création de la micro-entreprise.
Cumuler, c’est surtout bien connaître la règle de chaque côté : une fois qu’elle est claire, ta micro-entreprise peut grandir sans surprise.
💜💙 Ton équipe BravoLisa
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou comptable. Chaque situation est différente — consulte un professionnel qualifié (expert-comptable, conseiller fiscal ou avocat) pour un avis adapté à ta situation. BravoLisa décline toute responsabilité pour les décisions prises sur la base de ces informations.
Sources (12)
- Entreprendre.Service-Public.fr — Peut-on devenir micro-entrepreneur et continuer à percevoir des allocations chômage ?
- France Travail — ARE, ARCE, Acre : créer son entreprise quand on est chercheur d'emploi, le guide complet 2026
- France Travail — Je crée, je reprends une entreprise
- France Travail — Aide à la reprise et à la création d'entreprise (ARCE)
- France Travail — Déclarer une reprise d'activité non salariée
- Entreprendre.Service-Public.fr — Comment cumuler les statuts de salarié et de micro-entrepreneur ?
- Code du travail numérique — Code du travail, article L1222-5 (clause d'exclusivité et création d'entreprise)
- Portail de la fonction publique — Le cumul d'activités et les passages entre les secteurs public et privé
- Légifrance — Code général de la fonction publique, article R123-8 (activités accessoires)
- Entreprendre.Service-Public.fr — Comment cumuler les statuts de retraité et de micro-entrepreneur ?
- L'Assurance retraite — Travailleurs indépendants : le cumul emploi-retraite
- Caf — Déclarer mon chiffre d'affaires et mes changements de situation d'auto-entrepreneur