9 min de lecture

Retraite auto-entrepreneur : trimestres et cotisations

La retraite de l’auto-entrepreneur se construit à chaque déclaration URSSAF : une partie de tes cotisations va à ta retraite de base, qui valide des trimestres, et une autre à ta retraite complémentaire, qui te donne des points. Tout dépend de ton chiffre d’affaires : pas de chiffre d’affaires, pas de cotisations, et pas de droits. Ici, tu trouves ce que tes cotisations financent, le chiffre d’affaires qu’il faut atteindre en 2026 pour valider un à quatre trimestres, le fonctionnement de la retraite complémentaire, la situation du conjoint collaborateur et les moyens de compléter.

Les règles et les chiffres sont ceux en vigueur en 2026, vérifiés sur entreprendre.service-public.gouv.fr, urssaf.fr, autoentrepreneur.urssaf.fr et impots.gouv.fr le 30 septembre 2026.

Qui gère ta retraite

La plupart des auto-entrepreneurs relèvent de l’Assurance retraite, la même caisse que les salariés du privé. Elle est ton interlocuteur pour la retraite de base comme pour la retraite complémentaire des indépendants, le RCI.

Si tu exerces une profession libérale réglementée affiliée à la Cipav, c’est elle qui gère ta retraite. Service-Public cite notamment les architectes, les ingénieurs conseils, les moniteurs de ski et les guides de montagne, les ostéopathes, les psychologues et psychothérapeutes, les ergothérapeutes, les diététiciens, les chiropracteurs, les psychomotriciens, les experts en automobile ou devant les tribunaux et les guides-conférenciers. L’affiliation se fait automatiquement après ton immatriculation.

Les infirmiers, kinésithérapeutes et autres auxiliaires médicaux sont un cas à part : l’URSSAF précise qu’un praticien ou auxiliaire médical ne peut pas être auto-entrepreneur, et leur retraite relève d’une caisse propre, la CARPIMKO. Leur situation est traitée dans l’article sur l’infirmière libérale en micro-entreprise.

Ce que tes cotisations financent

Selon Service-Public, ton taux de cotisations est un forfait qui couvre toute ta protection sociale : maladie, indemnités journalières, invalidité-décès, retraite de base, retraite complémentaire, allocations familiales et CSG-CRDS. Seule une partie va à ta retraite.

Depuis le 1er janvier 2026, cette partie a grossi. L’URSSAF a revu la répartition du taux global pour donner plus de place aux cotisations qui ouvrent des droits, et moins à la CSG-CRDS :

Part de chaque 100 € de cotisations BIC 2025 BIC 2026 BNC 2025 BNC 2026
Retraite de base 41,80 € 43,45 € 47,60 € 46,40 €
Retraite complémentaire 16,50 € 19,75 € 13,00 € 21,00 €
CSG-CRDS 29,70 € 23,60 € 32,50 € 25,20 €

Pour les professions libérales non réglementées (BNC), le taux global lui-même est monté par paliers depuis juillet 2024, jusqu’à 25,6 % en 2026. L’URSSAF le présente comme un moyen de garantir leurs droits à la retraite complémentaire. Les taux de chaque activité sont dans l’article sur la déclaration URSSAF.

Comment tu valides des trimestres

Le nombre de trimestres que tu valides chaque année ne dépend pas du temps travaillé, mais de ce que tu as cotisé pour ta retraite de base. Service-Public détaille le calcul en quatre étapes :

  1. Tes cotisations de l’année : ton chiffre d’affaires multiplié par ton taux (12,3 %, 21,2 % ou 25,6 %).
  2. La part retraite de base : ce montant multiplié par la part affectée à la retraite de base, soit 43,45 % en BIC et 46,40 % en BNC en 2026.
  3. Le revenu cotisé : cette part divisée par le taux de cotisation de la retraite de base, 17,87 % en 2026.
  4. Les trimestres : ce revenu divisé par 150 fois le SMIC horaire au 1er janvier. En 2026, le SMIC horaire est de 12,02 €, donc un trimestre correspond à 1 803 € de revenu cotisé.

Le résultat est arrondi à l’entier inférieur, et tu ne peux pas valider plus de quatre trimestres par an. Il faut aussi être à jour du paiement de tes cotisations.

Le chiffre d’affaires à atteindre

En appliquant ce calcul aux chiffres de 2026, voici le chiffre d’affaires annuel minimum pour valider chaque trimestre, hors ACRE :

Activité 1 trimestre 2 trimestres 3 trimestres 4 trimestres
Vente de marchandises (BIC, 12,3 %) 6 029 € 12 058 € 18 087 € 24 115 €
Prestations de services (BIC, 21,2 %) 3 498 € 6 996 € 10 494 € 13 992 €
Professions libérales non réglementées (BNC, 25,6 %) 2 713 € 5 425 € 8 138 € 10 850 €
Professions libérales relevant de la Cipav 2 792 € 5 584 € 8 376 € 11 168 €

La ligne Cipav est celle que publient Service-Public et l’URSSAF. Les trois autres sont calculées à partir des taux et des paramètres 2026 publiés par Service-Public : elles donnent un ordre de grandeur fiable, et Service-Public trouve les mêmes résultats dans ses exemples. Avec 12 100 € encaissés en 2026, une activité de vente valide deux trimestres, une activité de services BIC trois, une activité libérale quatre.

À chiffre d’affaires égal, une activité de vente valide beaucoup moins de trimestres qu’une activité de services, parce que son taux de cotisations est plus bas. Si ton chiffre d’affaires est modeste, regarde de près où tu en es chaque année.

Pendant l’ACRE, ton taux est réduit : la part qui va à ta retraite l’est aussi, et le même chiffre d’affaires peut valider moins de trimestres. Les règles de l’aide sont dans l’article sur l’ACRE.

Si tu es aussi salarié

Les trimestres ne s’additionnent pas au-delà de quatre par an, tous régimes confondus. Si ton emploi salarié t’en valide déjà quatre, ton chiffre d’affaires d’auto-entrepreneur ne t’en apporte pas de supplémentaires, mais tes cotisations comptent quand même pour le montant de ta pension. Cumuler les deux statuts est expliqué dans l’article auto-entrepreneur, chômage et salariat.

Si tu es déjà retraité, l’URSSAF précise que tes cotisations d’auto-entrepreneur n’augmentent pas la pension que tu touches. Depuis le 1er janvier 2023, une activité reprise ou poursuivie peut, sous conditions, ouvrir de nouveaux droits et une seconde retraite.

Comment se calcule ta retraite de base

Pour un auto-entrepreneur affilié à l’Assurance retraite, le calcul est le même que pour un salarié du privé :

  • ta pension est calculée sur tes 25 meilleures années de revenus ;
  • elle atteint 50 % de ton revenu annuel moyen si tu as tous tes trimestres, c’est ce qu’on appelle le taux plein ;
  • le revenu moyen retenu ne peut pas dépasser le plafond de la sécurité sociale, soit 48 060 € en 2026 ;
  • s’il te manque des trimestres, ta pension est minorée.

Le nombre de trimestres qu’il te faut pour le taux plein, et l’âge à partir duquel tu peux partir, dépendent de ton année de naissance. Ton compte retraite sur info-retraite.fr te donne ton relevé de carrière et ta propre situation.

Pour les professions relevant de la Cipav, la retraite de base fonctionne par points : en 2026, la valeur du point de retraite de base est de 0,6599 €.

La retraite complémentaire de l’auto-entrepreneur

Tu cotises aussi à une retraite complémentaire obligatoire, sans démarche : elle est comprise dans ton taux.

  • Artisans, commerçants et professions libérales non réglementées : c’est le RCI, le régime complémentaire des indépendants, géré par l’Assurance retraite. En 2026, 19,75 % de tes cotisations y vont en BIC et 21 % en BNC. Ce que tu y verses est converti en points : pour les activités BIC, Service-Public indique qu’un point coûte 21,726 € en 2026.
  • Professions relevant de la Cipav : la Cipav gère sa propre complémentaire. En 2026, 30,70 % de tes cotisations y vont, et tu obtiens un point pour 47,40 € cotisés. Chaque point vaut 2,89 € de pension annuelle en 2026.

Un exemple tiré de Service-Public : avec 12 100 € de chiffre d’affaires en vente de marchandises en 2026, tu acquiers 13 points de retraite complémentaire. Avec le même montant en prestations de services BIC, 23 points.

Ta retraite complémentaire suit ta retraite de base : si tu touches ta retraite de base à taux plein, tu touches aussi ta complémentaire à taux plein.

Le conjoint collaborateur et sa retraite

Si ton conjoint, ton partenaire de Pacs ou ton concubin travaille régulièrement avec toi sans être rémunéré, il peut prendre le statut de conjoint collaborateur. C’est ce statut qui lui ouvre ses propres droits à la retraite, de base et complémentaire, ainsi que des indemnités journalières et des allocations maternité ou paternité.

  • Tu le déclares toi-même, sur le guichet unique des formalités des entreprises, à la création ou plus tard, avec une attestation sur l’honneur signée par ton conjoint.
  • Il cotise à part, selon les mêmes règles simplifiées que toi. Il choisit comment ses cotisations sont calculées : soit en pourcentage de ton chiffre d’affaires, soit sur une base forfaitaire. Service-Public donne le détail de chaque option par activité.
  • Le statut est limité à cinq ans, cumulés. Au-delà, il faut en changer.

Un conjoint qui t’aide régulièrement sans aucun statut déclaré ne cotise pas, et n’acquiert donc aucun droit à la retraite pour ce travail. Si c’est ton cas, c’est à régler maintenant, pas au moment de la retraite.

Si ton chiffre d’affaires est faible : les cotisations minimales

Un chiffre d’affaires nul ne coûte rien, mais ne rapporte rien non plus pour ta retraite. Si tu t’attends à un chiffre d’affaires très faible, tu peux demander à payer des cotisations minimales, pour continuer à acquérir des droits.

Le prix à payer : tu sors du calcul simplifié. Tes cotisations sont alors calculées sur ton revenu professionnel, déclaré une fois par an, comme pour un indépendant classique ; elles sont provisionnelles puis régularisées. La demande se fait auprès de l’URSSAF au plus tard le 31 décembre pour l’année suivante, ou avant la fin du troisième mois qui suit une création.

L’ARCE et le maintien de l’ARE, côté retraite

Si tu démarres en touchant le chômage, les deux options n’ont pas le même effet. Le maintien partiel de l’ARE te fait bénéficier de périodes assimilées, prises en compte pour valider des trimestres. L’ARCE, versée en capital, ne valide pas de trimestres de retraite de base. Les deux aides sont présentées dans l’article sur l’ACRE et les aides à la création.

Compléter ta retraite

Au-delà de la complémentaire obligatoire, rien n’est prévu d’office : l’URSSAF rappelle qu’une retraite facultative se souscrit auprès d’un organisme privé. Pour épargner davantage, la solution courante est le PER individuel, ouvert auprès d’une banque ou d’un assureur. Les versements sont déductibles de ton revenu global, selon impots.gouv.fr, dans la limite d’un plafond qui figure sur ton avis d’impôt.

Ce qui ne te concerne pas : le contrat Madelin

Tu croiseras souvent le contrat Madelin dans les pages sur la retraite des indépendants. Selon impots.gouv.fr, il n’est plus commercialisé depuis le 1er octobre 2020, et ses cotisations se déduisent du bénéfice imposable de l’activité. En micro-entreprise, ton bénéfice n’est pas calculé à partir de tes dépenses réelles mais par un abattement forfaitaire : ce levier ne s’applique pas à toi. Le PER individuel l’a remplacé, et une épargne Madelin existante peut y être transférée.

Les réflexes à garder

  • Déclare chaque période, même à 0 €, et paie à temps : des cotisations impayées ne valident rien.
  • Regarde ton chiffre d’affaires de l’année en fin d’année, avec le tableau ci-dessus en tête : quelques centaines d’euros peuvent faire la différence d’un trimestre.
  • Vérifie ton relevé de carrière régulièrement sur info-retraite.fr, et signale tout oubli.
  • Déclare ton conjoint s’il travaille avec toi.

Ta retraite se prépare un peu à chaque déclaration : la connaître, c’est déjà mieux la construire.
💜💙 Ton équipe BravoLisa

Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou comptable. Chaque situation est différente — consulte un professionnel qualifié (expert-comptable, conseiller fiscal ou avocat) pour un avis adapté à ta situation. BravoLisa décline toute responsabilité pour les décisions prises sur la base de ces informations.

Sources (12)

  1. Entreprendre Service Public — Régime de retraite du micro-entrepreneur
  2. Autoentrepreneur.urssaf.fr — Une importance accrue de la part des cotisations contributives à compter du 1er janvier 2026
  3. Urssaf.fr — Évolution des taux de cotisations sociales des auto-entrepreneurs
  4. Autoentrepreneur.urssaf.fr — L'essentiel du statut
  5. Urssaf.fr — Vous souhaitez devenir auto-entrepreneur (diaporama, avril 2026)
  6. Entreprendre Service Public — Cotisations sociales d'un micro-entrepreneur : ce qu'il faut savoir
  7. Entreprendre Service Public — Quel est le régime social du conjoint-collaborateur du micro-entrepreneur ?
  8. Entreprendre Service Public — Conjoint du chef d'entreprise : quels sont les différents statuts ?
  9. Entreprendre Service Public — Aide à la reprise ou à la création d'entreprise (Arce)
  10. Urssaf.fr — Devenir praticien ou auxiliaire médical : tout savoir
  11. impots.gouv.fr — Épargne retraite
  12. impots.gouv.fr — Je cotise à un contrat Madelin. Quel est mon avantage fiscal ?

À lire aussi

BravoLisa

Ton chiffre d'affaires, prêt pour la déclaration

Tes cotisations se calculent sur le chiffre d'affaires encaissé. Avec tes recettes enregistrées dans BravoLisa, tu as le bon montant sous la main.

Free

Gratuit

De quoi garder en ordre les chiffres de ta micro-entreprise, dans une seule app.

  • Recettes et dépenses enregistrées
  • Tickets et factures d'achat lus par Lisa
  • Les justificatifs joints à chaque dépense
  • Sans carte bancaire
Commencer gratuitement
Écrire à une personne (s'ouvre dans un nouvel onglet)